Genevoix / Jünger

Maurice Genevoix et Ernst Jünger, ou les deux guerres de 14

Genevoix et Jünger se sont battus avec courage en 14, ont l’un et l’autre défendu leur pays, connu la peur mais aussi la fraternité devant l’ennemi, le goût du commandement et de la victoire, l’ivresse du combat ; ils se sont sans doute affrontés brièvement mais presque au corps à corps lors de la bataille des Eparges, et pourtant ils n’ont pas fait la même guerre.

La guerre de Genevoix est acceptée, mais elle est d’abord une épreuve morale, plus redoutable encore que les périls de la bataille, une impitoyable confrontation des hommes avec eux-mêmes et avec la mort, qui est le grand personnage de « Ceux de 14 ». « Cette énorme mêlée restait monstrueusement à hauteur d’hommes » dit Genevoix, qui regarde ses camarades mourir, et guette le moment où la mort prend leur regard. La guerre n’a jamais raison des vivants.

La guerre de Jünger est vénérée comme matrice des hommes exceptionnels ; elle est joyeuse, elle ressemble à un « scoutisme à balles réelles », un jeu de cow-boys et d’indiens, de traque, de charge, de tir embusqué et de plaisir de la chasse aussi ; la guerre de Jünger trempe les hommes dans l’acier, elle fabrique des surhommes alors que celle de Genevoix les rend plus fragiles, plus sensibles. La guerre de Jünger isole sur leur montagne sacrée les hommes du front, la guerre de Genevoix les rend plus humains. La guerre de Jünger est celle de l’idéologie, la guerre de Genevoix celle de la chair et des sentiments.

Cet essai se propose de développer le thème des deux guerres à partir des écrits des deux auteurs, dont le génie littéraire a trouvé sa source dans les tranchées. Au fur et à mesure de son élaboration, il sera publié en priorité sur le site « Je me souviens de Ceux de 14 »

Bernard Maris

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