Textes

Justice d’avant l’Armistice

14-18, Les Fusillés de Frédéric Mathieu

 

Voici un ouvrage indispensable pour saisir au cas par cas les raisons multiples pour lesquelles des soldats français furent conduits au poteau d’exécution. L’historien Antoine Prost remet le premier octobre son rapport sur le sujet « la réhabilitation des fusillés pour l’exemple » au ministre des Anciens combattants Kader Arif, en présence de Lionel Jospin (en raison du contenu de son discours en novembre 1998 à Craonne).

On a pu retrouver les noms de 740 soldats à travers des documents divers, car environ 20% des papiers ayant trait aux conseils de guerre ont disparu. En puisant dans ces diverses sources, on peut estimer que pour ceux qui ont été fusillés après jugement, le nombre de 668 est proche de la réalité. Par contre avec 72 exécutions sommaires, on est certainement loin du sinistre compte. Tant dans l’armée française que dans l’armée allemande, les officiers en commirent et Rommel dans son ouvrage L’Infanterie attaque dit avoir menacé à plusieurs occasions de le faire à l’été 1914.

Frédéric Mathieu a classé les noms des fusillés par ordre alphabétique, et en fin d’ouvrage il propose un index par département et pays, un classement chronologique (des deux premiers d’août 1914 à la petite dizaine d’octobre 1918), un tableau par dernière affectation et enfin ceux pour qui à côté des documents officiels on dispose de documents privés (courrier des intéressés, témoignages écrits dans des livres de souvenirs …). C’est en moyenne une page entière qui est consacrée à chaque individu en reprenant le contenu en particulier du conseil de guerre et du registre matricule. Au début de l’ouvrage, l’auteur a classé en neuf catégories les raisons pour lesquelles les hommes furent condamnés à la peine capitale.

En matière de bandes dessinées, nous rappelons que la série Amère patrie de Bier et Lax ainsi que le one shot Les Folies bergères de Porcel et Zidrou abordent avec une grande délicatesse le sujet des soldats français fusillés par leurs pairs avec le biais d’une fiction, à dimension très onirique, pour ce qui est de la dernière production. Là un soldat juif de nationalité française est fusillé pour avoir tué un sous-officier antisémite. L’on apprend par ailleurs dans 14-18, les fusillés que la mutinerie de légionnaires issus de l’empire russe ou des ses marges (Arméniens et juifs en particulier) provient du fait qu’ils étaient maltraités. Cette révolte se traduit par la mort devant le poteau d’exécutions de neuf légionnaires fin juin 1915 dans un village de la Marne, leurs noms sont récapitulés comme estonien, russe, turc et ukrainien. L’on sait que certains soldats (légionnaires ou pas) étaient injuriés par rapport à leurs origines, Blaise Cendrars le rapporte à propos des évènements de juin 1915, et l’ouvrage Les Juifs de France et la Grande Guerre mentionne qu’en particulier le général Gallieni s’en était offusqué très tôt.

Lorsque l’on voit de près les raisons pour lesquelles certains soldats furent exécutés, on sent ou sait (quand on a lu des rapports de conseils de guerre) que d’autres pour les mêmes motifs ne le furent pas. Aussi bien que les départements des Deux-Sèvres et de l’Ain ne comptent aucun fusillé aujourd’hui identifié, il faut voir là une conjoncture de circonstances et non un brevet de patriotisme.

14-18, les fusillés de Frédéric Mathieu. Éditions Sébirot, 905 pages. 29 euros.

 

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