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« Le Bataillon créole » de Confiant, ou l’impôt du sang

Le monument aux morts du Lorrain en Martinique efface l'engagement des soldats noirs en 1914-1918.

Le monument aux morts du Lorrain en Martinique efface l’engagement des soldats noirs en 1914-1918. © J-C.

Dans une écriture inventive et vivifiante, Raphaël Confiant revient sur un pan méconnu de l’histoire de la Martinique : le recrutement de « tirailleurs » antillais lors de la Première Guerre mondiale.

« J’ai attendu, longtemps attendu, comme qui dirait un siècle de temps, le rapatriement du corps de Théodore. M. le maire, le docteur Jean Préval, nous avait promis, à nous qui avions perdu un proche dans cette guerre scélérate – et nous étions une bonne trentaine ! -, que nous récupérerions le fruit de nos entrailles ou l’objet de notre amour dans les deux mois suivant l’armistice, mais notre attente fut plus vaine que la floraison du papayer mâle. » Dans le nouveau roman de Raphaël Confiant, Le Bataillon créole, la vieille Hortense, qui a perdu son fils unique au combat, revient sur un épisode important de l’histoire de la Martinique : le recrutement de jeunes gens de l’île, à l’époque colonie française, dans l’armée métropolitaine pendant la Première Guerre mondiale.

Le destin des jeunes Martiniquais ressemble à celui des fameux tirailleurs sénégalais. Ils ont dû affronter un climat européen glacial, une fraternité d’armes quasi inexistante avec les métropolitains, des préjugés racistes bien enracinés, une guerre terrible où ils servent, plus que les autres, de chair à canon. L’amertume sera profonde. Raphaël Confiant soumet ses personnages à une psychanalyse littéraire. Il sonde leur âme pour comprendre ce qu’ils ressentent face à l’ennemi. Sur le champ de bataille, un soldat avoue : « La baïonnette qui s’enfonce dans le corps blanc efface d’un trait des siècles d’agenouillement, d’humiliation. Le Teuton, qui vous fait face, à l’instant où vous jaillissez de votre tranchée parce que l’ordre de fondre sur l’ennemi vous a été donné, ce Teuton au visage juvénile, souvent imberbe, aux yeux d’une clarté si bouleversante d’innocence, voire de tendresse – allez savoir ! -, ce Teuton-là devient le Béké, le Blanc créole, devant lequel les vôtres et vous n’ont jamais pu que courber l’échine et balbutier « oui, missié ». Mais l’immense satisfaction qui vous étreint alors ne saurait être partagée, même par ceux qui tout comme vous l’éprouvent et cela au même instant, c’est-à-dire soldats d’Afrique et du Maghreb, car aussitôt la honte vous saisit, le sentiment plus exactement d’être descendu au niveau des bêtes les plus immondes. »

L’auteur martiniquais poursuit là son projet littéraire La Comédie créole, exploration de l’histoire des Antilles à travers le prisme des colonisés. « Je cherche à donner à lire la vision de ceux qui n’ont jamais eu droit à la parole et qui, pourtant, constituent l’écrasante majorité de nos peuples », indique-t-il. Concernant le recrutement de ces tirailleurs martiniquais, l’auteur précise : « La population créole y a vu une forme de reconnaissance de son appartenance à l’ensemble français et la circonscription comme un moyen de payer « l’impôt du sang », selon une expression en vogue à l’époque. Elle signifie que nos soldats se devaient d’aller verser leur sang sur les champs de bataille pour remercier la France de nous avoir accueillis en son sein. Et même, dans l’esprit de certains, d’avoir aboli l’esclavage en 1848. »

En 2014 sera célébré le centenaire de la Première Guerre mondiale. Confiant a-t-il voulu, dans cette perspective, apporter une pièce à conviction au procès de l’horreur absolue ? « Mes romans ne sont absolument pas des romans historiques au sens classique du terme. L’Histoire n’est pour moi qu’une toile de fond », se défend-il. Sa méthode : « D’abord, j’interroge la mémoire familiale et collective et, quand cela est possible, les témoins de l’événement. Dans le cas des poilus créoles, il m’est arrivé d’en rencontrer il y a une dizaine d’années. Quoiqu’ils fussent déjà très vieux à l’époque, j’ai quand même pu approcher au plus près des souffrances endurées par eux sur le front européen et sur le front d’Orient. » Il s’est également inspiré de ce qui, de génération en génération, se racontait dans sa propre famille, en l’utilisant à sa façon. Autre source, les archives de la bibliothèque Schoelcher de Fort-de-France. C’est au bout de ce processus qu’il construit ses personnages et son récit « avant de les malaxer avec les données orales et écrites » recueillies.

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Une réflexion sur “« Le Bataillon créole » de Confiant, ou l’impôt du sang

  1. C’est bien un roman qu’a écrit Raphaël Confiant, mêlant souvenirs entendus sur l’Ile et histoires pêchées dans ses livres d’histoire. Dommage que les erreurs historiques fassent passer, un instant, le plaisir de lire son texte fleuri d’expressions créoles et les bons moments d’une vie au soleil à une époque où la France n’était pour eux qu’un lointain pays inconnu.
    Car pages 149 et suivantes, Confiant évoque la bataille de la Marne, les Taxis, la grosse Bertha qui écrase les hommes dans les tranchées, ces dernières étant infestées par le choléra et les gaz asphixiants et les lances-flamme.
    Le récit est ainsi en avance de quelques mois ou années. Il faut quand même saluer le récit de ce qu’était l’enrôlement outre-mer et l’accueil de tous ces hommes de couleurs sur le continent. Un moment de lecture, certe, mais qui ne reste qu’un roman.

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