Hommage à Genevoix

L’enfance et la jeunesse de Maurice Genevoix. Par Jacques Chabannes, Président de l’Association Nationale des Ecrivains Combattants

Je me souviens de Ceux de 14 vous propose de redécouvrir l’Hommage à Maurice Genevoix édité en 1981 par le Comité National du Souvenir de Verdun « Une jeunesse éclatée, de La Vaux-Marie aux Eparges », et réalisé par Monsieur Gérard Canini, agrégé de l’Université.

L’association remercie infiniment le Mémorial de Verdun pour son aimable autorisation.

L’enfance et la jeunesse de Maurice Genevoix. Par Jacques CHABANNES, Président de l’Association Nationale des Ecrivains Combattants

Au temps des guerres de religions et de la persécution des Protestants, les Catholiques, sur ordre de Calvin, subirent le même sort en Suisse. C’est ainsi qu’un habitant de Genève, décidé à rester catholique, émigra du lac Léman et devint « Le Genevoix ».

Il semble que la première étape des Genevoix fut l’Ile-de-France : »Mon arrière-grand-père Léonard Genevoix eut trois fils d’un premier lit, un quatrième en secondes noces. Tous les quatre furent pharmaciens. »

Il y eut même un écrivain : Emile Genevoix, maire de Romainville, député de Paris, écrivit les Rimes de l’officine, recueil d’impromptus et d’élocutions.

Son frère Charles, pharmacien rue des Lombards, était le grand-père de Maurice Genevoix.

Et voici l’émigration vers les bords de la Loire : une de ses sœurs ayant épousé un médecin de Châteauneuf, il y connut sa femme et s’y maria.

Le grand-père maternel, épicier en gros, répartissait, chez les détaillants du village, les pains de sucre, les pruneaux et les balles de café.

Maurice Genevoix est né à Decize, ville du département de la Nièvre « d’où venait le beau fleuve éternellement glissant ». Mais c’est beaucoup plus bas, aux environs d’Orléans, à Châteauneuf-sur-Loire, que Maurice Genevoix passa son enfance. Son père y dirigeait un magasin carrelé de briques, « avec une cage vitrée à l’intérieur, où travaillait le chef comptable des magasiniers ». On groupait les marchandises avant de les charger sur les camions attelés de deux percherons. CSS enfilades, ces alvéoles, ces rampes inclinées, ces murailles de sacs et de caisses, ces cases voûtées, « c’était le royaume des odeurs ».

Maurice Genevoix n’oubliera jamais les lourds chevaux tirant un camion de deux tonnes, les uns noirs comme l’ébène, d’autres d’un roux ardent, d’autres pommelés comme un ciel d’avril.

A vingt-deux mois, Maurice Genevoix entre à l’école maternelle qu’on appelait alors « l’asile » : nous sentions germer en nous un patriotisme communal dont la chaleur nous faisait solidaires.

La vie familiale est très douce à Châteauneuf. La mère de Maurice est la gaieté même. Dans la maison familiale, il fait froid l’hiver, sauf dans une pièce, la cuisine, où feu de bois et boulets de charbon brûlent dans une grille : « On se rôtissait le bout du nez, la plante des pieds, les paumes en cédant à l’appel du feu ».

A six ans, Maurice entre à la grande école. L’instituteur a la torgnole prompte, tantôt la simple gifle, tantôt l’honorable fessée, tantôt le coup de règle sur les doigts joints.

Le petit Maurice apprend facilement l’orthographe, l’arithmétique et (déjà) s’intéresse à l’histoire.

On était gais dans les petites villes : Tous les deux ans, l’épicière lançait une loterie avec des billets à deux sous. Le gros lot était une poupée. Les fêtes annuelles se succédaient. Le dimanche gras, la distribution des prix le 14 juillet, la vendange. Le veau, nourriture de luxe, était la pièce maîtresse de ces festivités.

Maurice Genevoix écrira plus tard dans Jeux de glaces « Je tiens plus que jamais comme un grand privilège, d’avoir passé toute mon enfance dans une petite ville française d’avant 1914 ».

La vie sociale, un peu repliée sur elle-même, s’intégrait d’un mouvement naturel et profond « à un ensemble très ancien, très vénérable et très précieux qui s’appelait la civilisation française ».

En grandissant, il faut quitter le village natal : Maurice est pensionnaire au lycée d’Orléans. C’est là, en 1903, qu’il apprend la mort de sa mère et mesure la douleur humaine.

Interne, il souffre de la discipline sévère et aussi de la vie quotidienne dans la salle d’études, où le poêle, sifflant comme un nez enrhumé « brûle un charbon gras et puant sous la lueur des lampes à gaz verdies par les abat-jour de tôle peinte ».

Est-il besoin de dire que Maurice Genevoix est un élève brillant ? Monsieur Genevoix décide de faire poursuivre les études à ce fils brillant. C’est la Khâgne au lycée Lakanal : « Un parc où nous pouvions fumer la pipe, une famille de daims, comme nous, captifs dans un enclos ».

Maurice est reçu à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm : « L’école avec ses libres rencontres, ses libres choix, son abondance, ses contrastes d’individu à individu, prolongeait sur un plan différent, les enchantements de ma prime jeunesse ».

Hélas, Maurice Genevoix n’aura pas le temps de passer son agrégation. Il faudra attendre l’après-guerre.

A vingt-quatre ans, il part le premier jour. On sait qu’il paiera très cher les cinq volumes qu’il a consacrés à la Première Guerre mondiale : « Cette énorme mêlée qui restait monstrueusement à mesure d’homme ».

Mutilé dans son corps, mutilé dans ses amitiés, il retrouvera avec ferveur les horizons de son enfance, la maison, le jardin, la forêt, les arbres, le beau fleuve, rien n’avait changé en son absence. Il sera le peintre du pays de Loire avec un admirable roman Rémy des Rauches, et, aussitôt après, avec Raboliot qui lui vaut le prix Goncourt en 1925.

Ses romans s’inspireront souvent des mœurs rustiques de l’Orléanais (Marcheloup). Il vivra en compagnie familière des animaux : Tendre bestiaire, Bestiaire enchanté, etc.

Tout au long de son œuvre considérable jusqu’à ces Trente mille jours, qui viennent de paraître et qui sont un pèlerinage le long de soi-même, le grand écrivain sera toujours fidèle à sa mission : l’enfance, les livres, les animaux et le bord de Loire. Sans doute, dès sa prime jeunesse, Maurice Genevoix était-il promis à sa merveilleuse destinée.

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