Hommage à Genevoix

Maurice Genevoix au-delà de la Grande Guerre

Maurice Genevoix a vécu la Première Guerre mondiale. Il a raconté cette expérience bouleversante dans Ceux de 14. Alors que cette année sera celle du centenaire de la guerre de 14-18, vous pourrez découvrir une réédition chez Flammarion ou une adaptation télévisée pour France 3. L’occasion, aussi, de participer aux commémorations prévues dans le Loiret.

L’association « Je me souviens de Ceux de 14 » vous propose un dossier paru dans le n°24 de janvier 2014 de Terres de Loire, magazine du Val de Loire et de l’Orléanais.

Maurice Genevoix et son épouse, dans le jardin des Vernelles, à Saint-Denis-de-l’Hôtel. © Roger Soulas

Maurice Genevoix et son épouse, dans le jardin des Vernelles, à Saint-Denis-de-l’Hôtel. © Roger Soulas

Le prix Goncourt obtenu en 1925 pour Raboliot, roman qui évoque le destin tragique d’un braconnier en Sologne, a peut-être définitivement classé Maurice Genevoix parmi les auteurs régionalistes. Rémi des Rauches – l’amour de la Loire, de ses courbes, de ses mystères – en 1922, La dernière harde en 1938, Le roman de Renard en 1958 ou La forêt perdue en 1967 renforcent cette impression.

Pourtant, comme l’écureuil des Vernelles – masure des bords de Loire à Saint-Denis-de-l’Hôtel où il s’installe en 1928 – et qui, confiant, lui grimpe sur l’épaule ; comme ces migrateurs qui survolent ses funérailles en 1980 ; comme la côte bleue de Sologne qu’il distingue de sa table de travail, Maurice Genevoix reste un homme libre. Ce rouge-queue dont le regard noir plonge dans l’oeil de l’écrivain : on ne l’enferme pas, on en garde le souvenir fixé d’une rencontre fugace et déterminante.

Marche sur Verdun, défense des Éparges

Ses mots s’enracinent profondément, s’enrichissent d’une expérience totale de la vie. Né à Decize, dans la Nièvre, en 1890, il doit soigner une jambe cassée en la plongeant dans un échaudoir de boucher rempli de sang de bœuf frais : « Ainsi le guerrier Massaï mange le cœur du lion qu’il a tué. Mais, pour un garçon de huit ans, c’était dur. » Il perd sa mère à 12 ans. En août 1914, ce normalien de 24 ans, rejoint le 106e régiment d’infanterie comme sous- lieutenant, à Châlons-sur-Marne.

Avant que trois balles ne l’atteignent, au bras et à la poitrine, le 25 avril 1915, dans la tranchée de Calonne, le jeune homme participe à la bataille de la Marne, marche sur Verdun et, surtout, pendant quatre mois, défend les Éparges. Sur cette colline meurtrière, les combats se font au corps-à-corps, à la grenade et sous le feu des obus. Il y côtoie la mort, ressentant le « vide glacial » des compagnons fauchés, tuant lui-même des soldats allemands sur le plateau de la Vaux-Marie et aux Eparges. « J’ai tué. »

Ces thèmes reviennent dans Jeanne Robelin en 1920, La joie en 1924, et, surtout, La mort de près en 1972… Ajoutés à son autoportrait, Trente mille jours en 1980, ses récits de voyage, Fatou Cisse ou Laframboise et Bellehumeur, et même à des contes pour enfants, Les deux lutins, ces livres confèrent au personnage une grande complexité, un talent complet qui le fait élire à l’Académie française en 1946. Il en devient d’ailleurs secrétaire perpétuel de 1958 à 1974.

Au cœur du conflit

Et puis, il y a Ceux de 14. Stimulé par le secrétaire de l’Ecole normale supérieure Paul Dupuy, avec lequel il entretient une correspondance pendant la guerre, il publie Sous Verdun en 1916, Nuits de guerre en 1917, Au Seuil des Guitounes en 1918, La Boue en 1921 et Les Éparges en 1923. Ces textes sont réunis sous le titre de Ceux de 14 en 1949. Il y raconte la vie de sa compagnie, le quotidien, les batailles. Il place le lecteur au cœur du conflit, parmi les hommes, à leur niveau, les jambes dans la boue, la poudre dans l’âme.

Inclassable, donc, comme peut l’être Joseph Delteil, Maurice Genevoix livre des clés sur l’unité de son œuvre dans un discours enregistré par Roger Soulas le 24 octobre 1976 à Ménestreau-en-Villette, où il vient aimablement inaugurer des sentiers pédestres : « Ce qui m’a ramené vers ce sens du terroir originel, du contact direct à la nature, à la vie toute simple, c’est le voisinage de la mort, la guerre, ces menaces qui faisaient écran entre la vraie vie et ma sensibilité d’homme libre. »

Au-delà des apparences

Il dénonce au passage la « tyrannie des machines, une voie incertaine vers le bonheur. Je souhaite que vous alliez vers des réalités admirables qui nous appellent », rejoint en cela par l’ancien maire d’Orléans, Roger Secrétain, qui, de sa voix brisée, salue en Maurice Genevoix, un homme qui, « partout où il est allé, a vu au-delà des apparences. » Pour l’Académicien, les oiseaux étaient des « messagers du monde vivant. » Il ressemble lui-même à ce rouge-queue qu’on n’oublie pas. Sur sa maison natale, à Decize, une plaque porte cette citation extraite d’Un jour, 1976 : « Il n’y a pas de mort. Je peux fermer les yeux, j’aurai mon paradis dans les cœurs qui se souviendront. »

Maurice Genevoix, lors d’un discours en Sologne. © Roger Soulas

Maurice Genevoix, lors d’un discours en Sologne. © Roger Soulas

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