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La cérémonie du Lundi de Pâques à la nécropole du Trottoir aux Eparges

Le 12 avril 1936 fut inaugurée la Nécropole du Trottoir. Au cours d’une émouvante cérémonie l’abbé Tripied, curé des Eparges et membre du Souvenir Français, bénit les sépultures rassemblées à l’emplacement du cimetière primitif du Trottoir, sur la pente nord de la Crête des Eparges.

Depuis, le Souvenir Français pérennise cette cérémonie qui a lieu tous les lundis de Pâques, rappelant l’une des dernières grandes offensives qui débuta le 4 avril, jour de Pâques 1915. Dans une grande solennité sont réunis les autorités civiles et militaires, les associations d’anciens combattants, les porte-drapeaux, les acteurs locaux et les pèlerins de tous âges et de toute provenance.

Ce lundi 21 avril 2014, une délégation d’officiers de l’Ecole de Guerre dont la promotion porte le nom de « Ceux de 14 » était sur les rangs, aux côtés de Julien Larère-Genevoix. Comme chaque année, depuis bientôt 10 ans, le Colonel (er) Xavier Pierson, directeur du Mémorial de Verdun et enfant des Eparges, prit la parole pour l’évocation historique de cette cérémonie du Trottoir.

 

« En avril 1914, la vie était dure mais sereine en ces vallons. L’émergence du printemps augurait d’un été fructueux. Le blé sera rentré et les fruits ramassés. La vigne à Montgirmont donnera ses grappes ; l’herbe grasse produira le foin nécessaire. Les quelques 200 habitants des  Eparges n’ont aucun sujet d’inquiétude. Localement, la saison s’annonce splendide.

Dans le pays, la politique s’apaise et les querelles habituelles s’estompent même si l’éloquence s’exprime toujours avec force et détermination à la Chambre. Jaurès et Barrès rivalisent de talent. Tous deux enflamment les esprits tout en évitant la démesure. Les acclamations fusent tantôt à gauche, tantôt à droite. Un fait divers passionne. Il y a tout juste un mois Mme Caillaux, épouse d’un ministre, tire et tue M. Calmette, directeur du Figaro, pour atteinte à la vie privée.

Cette effervescence reste l’affaire des Parisiens. Les crimes passionnels et les joutes oratoires intéressent peu le paysan d’ici. Une journée de printemps est déjà bien courte pour tout ce qu’il faut faire. Point n’est besoin de consacrer du temps aux affaires politiques de ces messieurs de la capitale.

Cependant, une loi – celle du 20 juillet de l’année dernière- avait attiré l’attention de ces ruraux de France. Le service militaire de trois ans avait été voté. Si la majorité était nette, la minorité ne pouvait être négligée. Le pays aussi semblait partagé. D’un côté, on pensait que c’était beaucoup et de l’autre, les plus nombreux, que c’était rassurant. En effet, plus de 800 000 hommes servaient ainsi, en cette année 1914, sous les drapeaux. L’armée est appréciée ; elle incarne la Nation car le service militaire, devenu obligatoire et universel, unit tous les citoyens. Le temps des tirages au sort et des remplacements est périmé. Les conseils de révision exemptent peu ; seuls les souffreteux et les soutiens de famille peuvent rentrer chez eux. Cette armée de près d’un million d’hommes constitue une sorte de garantie face à une hypothétique agression venant de l’Est. En montant sur les collines dominant la vallée du Longeau, de l’autre côté, on devine la présence allemande. Quel beau panorama ! On y découvre toute la Woëvre et, au-delà, Mars-la-Tour avec… la frontière du Reich. En 1914, cette vue et cet horizon lointain intéressent les poètes et les nostalgiques. En 1915, ils seront remplacés par les militaires et les politiques.

Oui, ce printemps 14 est serein. La classe 1911 va bientôt rentrer et les jeunes conscrits fêtés à leur départ sont un gage de paix, de dissuasion. Et de quoi pourrions-nous avoir peur ? L’armée est forte ; l’Europe réduit les risques de conflit. En 1911, Agadir a fait trembler les chancelleries mais il n’y eut aucun séisme. En 1912, les  Slaves serbes et bulgares avec les secours des Grecs expulsent les Turcs des Balkans mais le bruit du canon n’a pas franchi l’Adriatique. En 1913, la Bulgarie et la Serbie s’affrontent car elles trouvent le gâteau ottoman insuffisant pour rassasier leur insatiable appétit. Mais on les laisse se dévorer. La guerre, ces deux dernières années s’est arrêtée aux frontières de cette péninsule bouillonnante. Pourquoi s’étendrait-elle un jour ?

On ignore, cependant, que le destin est en marche. Le sang et la poudre rodent et s’avancent à pas feutrés, sournoisement. Dès que l’été viendra, dans à peine deux mois, on assassinera l’héritier du trône d’Autriche-Hongrie, le 28 juin. Déjà, les auteurs s’entrainent, se procurent les papiers pour rejoindre Sarajevo et les armes pour tuer l’archiduc. En juillet, Vienne envoie son ultimatum à Belgrade. La marche des somnambules vers la guerre a commencé.

Lorsqu’elle éclatera en août, le conscrit en uniforme et le mobilisé en incorporation accepteront l’évènement. Ils l’acceptent sans gaité de cœur et sans fleur au fusil, expression aussi maladroite qu’exagérée. Les fleurs existèrent ; elles furent offertes avec abondance aux partants au cours des défilés et sur les quais d’embarquement. Cette acceptation de l’inéluctable est la forme sublime d’une résignation consentante. L’homme de 14 était un homme de devoir craignant de n’être qu’un citoyen des droits. Ces soldats avaient une mission à accomplir et ils l’accompliront !

La France qui souffre de nos jours de mille plaies a besoin, plus que jamais de héros pour retrouver sa force. Ils sont là ces héros, dépouillés de tout harnachement flamboyant, seuls dans leurs tranchées. Ils sont là avec leur visage hirsute, parfois hagard, avec leur regard empreint d’une immense tristesse, mais avec leur âme de feu. Ils sont là sous les croix des nécropoles et dans les tombes familiales pour nous rappeler la phrase de Maurice Genevoix : Ce que nous avons fait, c’est plus qu’on ne pouvait demander à des hommes et nous l’avons fait. ». Ils nous ont tracé la Voie. Elle est sacrée ! »

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