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Discours de Julien Larere-Genevoix en clôture à la Soirée « Maurice Genevoix, l’expérience combattante » à l’Ecole Normale Supérieure. Hommage à Bernard Maris 8 avril 2015

Au moment de conclure cette soirée, je voudrais adresser mes plus vifs remerciements à ceux qui l’ont rendue possible.

Merci, Monsieur le Directeur Adjoint, à l’Ecole Normale Supérieure de nous accueillir en ces lieux.

Merci, Cher Alexandre Lafont, Merci Chère Isabelle Francès. Merci à ceux que je ne peux nommer.

Au delà je tenais à remercier la Mission du Centenaire, pour sa mobilisation extraordinaire et sans faille autour de Maurice Genevoix.

Si la figure de mon grand père a retrouvé aujourd’hui un peu de la place qui doit être la sienne, c’est aussi grâce à ses efforts et son soutien.

La réédition de Ceux de 14 rappelle avec force que Maurice Genevoix est le Grand Témoin de la tragédie fondamentale qui a bouleversé le monde du début du siècle passé.

Si l’on ne peut réduire Genevoix à Ceux de 14, aussi immense soit le texte, il est certain que son expérience combattante aura innervé toute la suite de son œuvre.

Qu’aurait été Raboliot, braconnier révolté et pour qui la liberté était le trésor le plus précieux, et après lui Rémi des Rauches si Maurice Genevoix n’avait pas connu la folie des Éparges ?

Comment ne pas reconnaître le vertige du soldat au front  dans la détresse du Rouge, cerf héros de la Dernière Harde, lorsque sa mère s’effondre sous les balles des chasseurs ?

Mes remerciements sont d’autant plus sincères et profonds que la Mission est devenue une sorte de seconde famille pour moi.

J’avais pu ressentir la force de ce lien en septembre 2012, lors de la mort de ma mère trop tôt disparue, Sylvie Genevoix.

Déjà malade, elle avait créée l’association Je me Souviens de Ceux de 14, pour entretenir la flamme du souvenir et rendre à son père la place qui était la sienne.

J’ai malheureusement eu l’occasion de mesurer au début du mois de janvier que ce lien ne s’était pas distendu.

Je sais que la Mission a pleuré avec moi et tant d’autres anonymes, la mort de Bernard Maris, mon beau père, assassiné le 7 janvier 2015, dans les circonstances tragiques que vous connaissez tous.

Je ne pourrai jamais assez dire combien votre présence, Mon Général, Cher Joseph, a été pour moi un précieux soutien en cette triste journée toulousaine.

L’engagement de Bernard Maris en faveur de Maurice Genevoix rend aujourd’hui ces deux visages étroitement mêlés, comme frères de tragédie.

Bernard Maris n’était pas qu’Oncle Bernard.

Il n’y aurait d’ailleurs rien eu de choquant à cet hommage en ce lieu si prestigieux s’il n’avait été que cela. En effet, vulgariser pour faire comprendre, forcer le trait au risque assumé de choquer pour transmettre le savoir, surtout lorsqu’il est confisqué par des experts «  au dessus de tout soupçons » est une tache éminemment noble et salutaire.

Non Bernard Maris était bien davantage. Un passeur, un humaniste, un amoureux du vivant lui aussi, convaincu que la vraie richesse ne pouvait être qu’humaine.

Bernard Maris avait découvert Maurice Genevoix sur le tard, porté par l’amour de son épouse pour ce père tant aimé. La découverte fut immense.

Il a d’abord aimé sa maison des Vernelles, refuge où Maurice Genevoix retrouva peu à peu la Paix et la sérénité après l’épreuve inouïe de la Guerre.

Lui qui avait lu Jünger avec la passion du jeune adulte, exalté par la force brute du texte, il découvrit à travers les yeux de Sylvie la beauté des mots de Maurice Genevoix, authentiques et pourtant porté par une sublime poésie.

Pour accompagner Sylvie, Bernard Maris était devenu Conseiller scientifique auprès de la Mission du centenaire.

La mort de ma mère, qui l’a laissé jusqu’au bout sonné, l’a conduit à se mettre progressivement en retrait de ces activités mémorielles.

Pour autant, il n’a pas renoncé et sera resté, jusqu’au bout, attentif et présent, certes de plus loin, à ce qui touchait l’association.

Il était présent parmi nous, ici même le 20 octobre dernier, pour la projection de la série Ceux de 14.

Il avait redit à cette même estrade à quel point il importait de chercher à comprendre et à respecter l’autre, l’étranger comme le prochain.

De l’amour de Sylvie Genevoix et de Bernard Maris pour la vie est né le livre Genevoix Jünger, un homme dans la guerre, ouvrage commencé à quatre mains et achevé à deux, qui restera, comme un symbole, le dernier livre publié du vivant de Bernard Maris.

Bernard Maris s’y interroge sur cette phrase odieusement prémonitoire :

« « Jamais vous n’aimerez la vie comme nous aimons la mort.” Cette phrase insondable d’un chef terroriste préparant ses hommes aux attentats-suicides, pouvait-on la faire dire au jeune lieutenant Jünger? Elle nous hantait, Sylvie et moi, lorsque nous commencions à penser à ce livre. Sylvie souhaitait que par contraste la passion de son père pour la vie apparaisse au-delà de ses écrits de guerre, et que nous offrions au lecteur cette passion née du charnier et affirmée plus tard dans ses ouvrages qui furent autant d’odes à la nature, aux animaux, au vivant […] Et je souhaitais, grand lecteur des Chasses subtiles, que la pensée de Jünger dans ses écrits d’après la Deuxième Guerre, son amour de la nature et des forêts le fissent se rapprocher de l’auteur de La forêt perdue ou La dernière harde. Ainsi, il n’y aurait eu ni vainqueur ni vaincu. »

Puisque l’intolérance, la bêtise et la violence ont fait de ce texte une sorte de Testament, il nous faut nous rappeler, avec Maurice Genevoix, avec Bernard Maris, que la force, quand elle n’est que cela, n’est rien d’autre qu’une faiblesse.

Avec eux, osons affirmer que l’amour de la vie sera toujours plus fort que la mort. Que l’intelligence, la compréhension de l’autre, la bienveillance et la tempérance sont les seules armes pour les âmes justes.

Que la Paix est notre trésor le plus précieux.

Au moment de conclure, je ne peux que rappeler cette phrase de Maurice Genevoix, extraite de Trente mille jours : « Il n’y a pas de mort, je peux fermer les yeux, j’aurais mon paradis dans les cœurs qui se souviendront ».

A nous voir tous ici réunis, à n’en pas douter, ce soir comme demain, nous nous souviendrons.

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Une réflexion sur “Discours de Julien Larere-Genevoix en clôture à la Soirée « Maurice Genevoix, l’expérience combattante » à l’Ecole Normale Supérieure. Hommage à Bernard Maris 8 avril 2015

  1. Merci Julien Larere-Genevoix d’avoir mis aussi rapidement sur le site votre très belle intervention de cloture qui a fait couler des larmes d’émotion chez de nombreux participants. Sylvie et Bernard étaient avec vous , avec nous! Très très belle soirée. Encore un grand merci!

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