1914 : le cadre historique

Un mois s’écoule exactement entre l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier de la couronne d’Autriche-Hongrie, et de son épouse, à Sarajevo, en Bosnie, et la déclaration de guerre du gouvernement de Vienne à la Serbie, le 28 juillet 1914. Un second mois suffit pour qu’une accumulation d’évaluations erronées de la part des chancelleries et des gouvernements aboutisse à des décisions contribuant au déclenchement d’un conflit généralisé.

L’Autriche, qui rêvait depuis longtemps d’une guerre préventive contre la Serbie, voit dans ces assassinats le prétexte inespéré d’une intervention militaire. C’est compter sans la Russie, alliée des Serbes, qui ne veut plus avoir à s’incliner devant le fait accompli comme en 1909. Le 30 juillet, le tsar Nicolas II ordonne la mobilisation générale. Lui répond le lendemain la mobilisation générale en Autriche-Hongrie. Le 1er août, n’ayant pas obtenu de réponse à l’ultimatum enjoignant le tsar de mettre un terme à la mobilisation générale russe, le Kaiser Guillaume II déclare la guerre à l’Empire russe. Le même jour, le gouvernement français, allié de Saint-Pétersbourg, décrète à son tour la mobilisation générale et le surlendemain, 3 août, l’Allemagne déclare la guerre à la France et envahit la Belgique, dont la neutralité était pourtant garantie par les puissances depuis le traité de Londres de février 1831. Londres exige alors le retrait des troupes allemandes et, en l’absence de réponse, déclare à son tour la guerre à l’Allemagne. C’est ainsi que, par le jeu des alliances, le conflit austro-serbe se transforme soudain en une conflagration continantale.

Le 23 août enfin, le Japon, allié de la Grande-Bretagne, juge le moment propice pour résoudre à son avantage la question chinoise, donnant déjà au conflit une envergure mondiale.

Des deux côtés, on pense d’abord que l’affrontement sera court. Certes, l’affaire est jugée sérieuse. On a même conscience qu’elle peut se révéler catastrophique et, contrairement à une légende tenace, les soldats n’entrent pas en guerre « la fleur au fusil ». Mais l’optimisme prévaut quant à la durée du conflit. On espère même être de retour pour les vendanges, au plus tard à Noël.

Le plan Schlieffen et la bataille de la Marne

Ayant deux adversaires assurés, la France à l’ouest et la Russie à l’est, l’Allemagne lance donc immédiatement l’offensive, appliquant en cela le plan élaboré par le général Schlieffen : tandis que les forces austro-hongroises se chargeront de contenir la Russie, dont on pense que la mobilisation sera longue, l’armée allemande, violant la neutralité belge, enveloppera l’aile gauche des Franco-Britanniques en faisant pivoter ses forces autour de Thionville. Une fois l’armée française et ses alliés belge et britannique écrasés par cette manœuvre aussi soudaine que massive, Allemands et Austro-Hongrois se retourneront contre la Russie.

Ce plan audacieux, que met en œuvre le général von Moltke, est bien près de réussir. L’avance allemande en Belgique centrale prend au dépourvu le commandement français qui a concentré le principal de ses forces en Lorraine. En hâte, Joffre fait remonter la Vème armée commandée par Lanrezec vers la Belgique, où la rejoint le corps expéditionnaire britannique. Mais les batailles des frontières dans les Ardennes, à Mons et à Charleroi, dans la seconde quinzaine d’août, sont autant d’échecs pour les Alliés, alors que les fronts allemands d’Alsace et de Lorraine sont à peine entamés. C’est le début, pour les armées du nord, d’une éprouvante retraite qui s’étend « des Vosges à la Somme ».

Le front de Lorraine tient toujours des Vosges à Verdun, mais la poussée des Allemands est par ailleurs si forte qu’ils approchent de Paris. C’est alors que le général von Kluck, dans l’euphorie d’une victoire qu’il croit à portée de main, infléchit imprudemment sa route vers Meaux et le sud de la Marne, où se regroupent les Français, pour mieux les encercler et les détruire. Mais une attaque soudaine de Joffre sur son flanc droit permet d’utiliser à plein l’effet de surprise. Pour que les unités se déplacent plus vite vers Meaux, Gallieni, gouverneur militaire de Paris, réquisitionne les taxis parisiens, devenus les célèbres « taxis de la Marne », qui constituent alors en quelque sorte la première unité motorisée de l’histoire militaire. Tandis qu’il frappe le flanc droit adverse, Joffre ordonne aux autres armées de s’arrêter et de résister sur place dans la région des deux Morins et en Champagne. Sur les Hauts-de-Meuse, au sud-est de Verdun, les troupes françaises essaient de contenir l’avance allemande en direction de Saint-Mihiel (un saillant qui sera tenu par les Allemands pendant toute la durée de la guerre), et des deux positions fortes des Eparges et du Bois-le-Prêtre. La « bataille de la Marne » a mis en échec le plan Schlieffen. Les Allemands ont perdu Reims et Soissons et ont tout juste réussi à se rétablir sur les hauteurs du Chemin des dames.

A défaut d’emporter rapidement la décision, les Allemands s’efforcent alors d’atteindre le littoral de la Manche, le plus à l’ouest possible du Pas-de-Calais, pour gêner les liaisons des Britanniques avec le continent. Cette »course à la mer » n’a ni vainqueur ni vaincu. Mais, à la différence des premières opérations militaires, la bataille de la Marne et ces tentatives de débordement s’accompagnent d’un renforcement des lignes en profondeur, qui préfigure la fixation des fronts.

Au terme de cette année 1914, la victoire de la Marne a certes sauvé la France du désastre, mais les forces allemandes ont réussi à installer le front sur le territoire français et à occuper, outre la Belgique, une partie du nord-est de la France. Et ces premiers mois de guerre ont été déjà extrêmement meurtriers. La France a perdu 350 000 hommes, relevé 40 000 blessés et vu 150 000 soldats partir prisonniers.

La guerre des tranchées

Bientôt, sur le front ouest, deux sillons parallèles, proches presque à se toucher, éventrent le sol des Vosges à Nieuport , sur le littoral flamand. Ces tranchées que creusent les soldats, et où ils s’entassent pour de longs mois, signifient la fin de la guerre de mouvement.

Les combattants se protègent par d’inextricables réseaux de fil de fer barbelés, tandis que les techniciens inventent les méthodes de combat les plus terrifiantes, depuis la grenade aux effets dévastateurs jusqu’aux mines souterraines qui font sauter le terrain et surtout, à la fin de 1915, les terribles gaz toxiques, dont l’hypérite sera le plus redouté.

Cette nouvelle guerre de position ne signifie pas pour autant l’immobilité des troupes. Des deux côtés des barbelés, on multiplie les offensives, aussi inutiles que meurtrières, pour gagner un peu de terrain et essayer de rompre le front adverse. Et chaque tentative d’assaut est précédée d’une intense préparation d’artillerie, qui peut durer une journée entière.

Toutes ces vaines offensives de 1915 en Champagne, en Picardie et en Artois transforment ces secteurs en enfer. Les tranchées deviennent de véritables cloaques exposés aux intempéries, où les soldats sont attaqués par la vermine et les rats, aux prises avec le froid, la soif. Ils doivent supporter l’angoisse des attaques, des bombardements, subir parfois les coups de leur propre artillerie, ou monter à l’attaque et voir leurs régiments décimés, leurs camarades fauchés ou horriblement blessés. Des dizaines de milliers de vies humaines sont ainsi sacrifiées pour « grignoter » quelques mètres de terrain.

L’espoir d’une décision possible s’éloigne chaque jour, d’autant qu’à l’est le « rouleau compresseur » russe est lui aussi embourbé. Dès le 29 août 1914, le désastre de Tannenberg, en Prusse Orientale, a attesté les insuffisances du prétendu géant. L’année 1915 est désespérante pour l’armée tsariste. Les Allemands atteignent Riga, la Biélorussie et l’Ukraine.

La décision militaire n’étant cependant obtenue nulle part, chacun des protagonistes s’efforce d’attirer à lui les pays neutres. En novembre 1914, la Turquie a rejoint les puissances centrales, obligeant les Russes à tenir un nouveau front en Arménie et provoquant l’envoi par les Britanniques de forces importantes dans le Sinaï, dans le Golfe Persique et surtout aux Dardanelles, où un corps expéditionnaire franco-britannique se maintient à grand-peine d’avril 1915 à janvier 1916. Dans le camp de l’Entente, la principale satisfaction est l’entrée en guerre de l’Italie en mars 1915, mais cet appoint est anéanti par l’intervention de la Bulgarie contre les Serbes à l’automne, véritable « coup de poignard dans le dos ».

Verdun

Les Russes étant refoulés au-delà du Niemen, c’est en France que doit se faire la décision, estime le général von Falkenhayn, successeur de Moltke depuis septembre 1914. Il entend rompre le front et reprendre la guerre de mouvement, pour cela attirer les troupes françaises sur un champ de bataille qu’elles défendront pied à pied et les « saigner à blanc » sur place grâce à la supériorité de son artillerie, épuiser ainsi leurs réserves pour déclencher ensuite les offensives dans une percée victorieuse.

Lorsque, à l’annonce de la concentration de troupes allemandes, Joffre décide d’envoyer des renforts à Verdun, il est déjà trop tard. : l’adversaire a coupé les lignes de chemin de fer menant à Verdun et, avant que la route de Bar-le-Duc ne soit aménagée, devenant ainsi « la Voie sacrée », le drame est consommé. A cinq contre deux, les troupes du Konprinz culbutent les premières défenses françaises : Douaumont est enlevé (21-25 février 1916).

Se gardant de démunir le front de Somme, où Foch prépare lui aussi une offensive « décisive », Joffre donne pour instruction aux défenseurs de Verdun de « tenir » coûte que coûte avec le minimum d’hommes et d’artillerie. Six mois durant, les combattants de Verdun obéissent à cet impératif, au prix de tous les sacrifices. « Courage, on les aura ! », a lancé Pétain, nommé commandant du front de Verdun, qui sait nouer un lien particulier et fott avec ses soldats, en raison de son humanité et de sa compréhension pour leurs souffrances. Mais 600 000 Français perdent la vie à Verdun, qui restera la grande épreuve purement nationale. Les Anglais n’y ont pas participé et seuls trois ou quatre bataillons de troupes coloniales ont épaulé les Français.

L’Entente n’est pas plus heureuse que les Allemands à Verdun en déclenchant le 1er juillet 1916 la bataille de la Somme, après une préparation d’artillerie de six jours. Elle ne parvient pas à percer le front allemand, en dépit de lourdes pertes. On comptera 1 200 000 tués tous camps confondus. Cet échec, après tous les revers enregistrés depuis la fin de l’année 1914, décide Poincaré à remplacer Joffre par le général Nivelle, préféré à Pétain qui est réputé manquer d’esprit offensif.

L’année terrible

En raison de l’hécatombe, le besoin d’hommes devient aussi primordial que celui des matières premières pour l’industrie. Chaque pays mobilise toutes ses ressources humaines et, à l’instar de la France, la Grande-Bretagne fait appel à ses colonies (et à ses dominions). Le soutien de nouvelles nations continue également à être activement recherché et l’Entente réussit à rallier à sa cause la Roumanie, le Portugal et enfin la Grèce.

Mais l’année 1917 est aussi celle où le régime tsariste vacille. L’offensive russe de l’été 1916, conduite par Broussilov, a été le dernier sursaut d’un pays qui s’est révélé incapable de mener une guerre moderne, faute d’industries et d’un pouvoir politique cohérent et crédible. La révolution qui éclate en mars puis en octobre 1917 va entrainer la chute de la dynastie des Romanov. La Russie sortira alors de la guerre et signera en mars 1918 la paix séparée de Brest-Litovsk.

L ‘Allemagne ne se bat donc plus que sur un front et, à l’ouest, l’inquiétude gagne les plus résolus. Les offensives menées en avril et en mai par Nivelle en Artois, en Picardie et sur le Chemin des dames s’enlisent après des succès initiaux et les pertes sont terriblement lourdes. En trois jours, on compte 40 000 morts et la mise hors de combat de la moitié des 120 chars engagés pour la première fois (les Allemands sont alors très sceptiques sur l’efficacité de cette arme nouvelle).

La lutte paraît sans issue possible et la nouvelle des événements de Russie achève de faire vaciller le moral des combattants. La propagande pacifiste s’amplifie. Des mutineries éclatent même à partir du 20 mai. Des régiments refusent de monter en ligne et on enregistre plusieurs centaines de cas de désobéissance. Plus de 600 condamnations à mort sont prononcées, dont une cinquantaine exécutées.

Moins touchés par cette crise morale, les Britanniques prennent à leur compte les autres offensives de l’année 1917, en direction de Cambrai au mois de novembre , avec l’appoint cette fois de près de 400 chars, ainsi que sur le front des Flandres, où l’armée portugaise tient un secteur avec deux divisions.

Mais nulle part les Allemands n’ont cédé et, autre mauvaise nouvelle, en Italie le front de Vénétie craque en octobre à Caporetto, obligeant l’armée italienne à refluer désordre sur la Piave. Une offensive austro-hongroise a par ailleurs submergé la Roumanie à la fin de 1916 et le front stagne dans les Balkans. La guerre sur mer redouble enfin avec la multiplication des attaques de sous-marins allemands contre les transports maritimes alliés.

Le commerce des Etats-Unis en pâtit. L’espoir de voir les Alliés l’emporter paraît même si mince que les Américains s’inquiètent du remboursement des dettes importantes qu’ils ont contractées Outre-Atlantique. Un échec allié signifierait des pertes financières considérables. Les Etats-Unis se décident donc à sauter le pas, au grand soulagement des Franco-Britanniques. Prenant prétexte du torpillage du navire Lusitania (le 7 mai 1915) dans lequel ont péri 124 citoyens américains, ils entrent en guerre le 2 avril 1917, ce qui garantit l’arrivée en Europe de troupes fraiches et nombreuses. Il devient impératif pour les Allemands d’emporter la décision avant que le nouveau belligérant ne soit effectivement en mesure de combattre.

La victoire alliée

A la fin de l’hiver 1918, Ludendorff ramène progressivement de Russie des troupes sans cesse plus nombreuses. Le 21 mars, après cinq heures d’intense préparation d’artillerie, le premier assaut se déclenche sur le front britannique de Picardie, qui cède à l’ouest de Saint-Quentin. La brèche menace Péronne, à la jonction des secteurs anglais et français. Le but avoué est Amiens et le littoral de la Manche, en vue de séparer les forces des deux principaux alliés occidentaux. L’Entente court un aussi grand danger qu’en 1914. La situation est si grave que, le 26 mars, à Doullens, les Britanniques acceptent enfin le principe d’un commandement unique, confié au général Foch.

Celui-ci rameute les renforts disponibles et finit par colmater la brèche entre Montdidier et Villers-Bretonneux. En avril, Ludendorff récidive entre Lens et Ypres, en obtenant des succès locaux. Puis il frappe sur le Chemin des dames, franchit successivement l’Aisne et la Vesle pour aboutir le 28 mai sur la Marne à l’ouest de Château-Thierry. Le 9 juin l’effort porte cette fois dans la vallée de l’Oise, avec Compiègne puis Paris pour objectif. C’est le dernier succès de Ludendorff dont les réserves, employées avec prodigalité, finissent par s’épuiser.

Le 15 juillet en effet, l’offensive déclenchée sur le front de Champagne est un échec. L’initiative passe alors dans le camp, où les renforts américains vont grossissant. Foch fait réduire, dès le 18 juillet, le saillant de Château-Thierry. Encouragé par ce premier succès, il décide d’asséner coup pour coup et de frapper sans relâche dans des secteurs très éloignés, de manière à gêner Ludendorff dans ses acheminements de renforts. Le 8 août, le généralissime fait attaquer en Picardie. Dans ses Mémoires, Ludendorff mentionnera ce jour comme « le deuil de l’armée allemande ». Il n’a pratiquement plus de réserves pour faire face à l’attaque franco-britannique entre Albert et Montdidier. A partir du 20 août, le front de l’Aisne s’embrase. Les Allemands se replient sur « la ligne Hindenbourg ». Le 12 septembre, les Américains donnent la mesure de leur importance numérique en réduisant le saillant de Saint-Mihiel. Partout, les Allemands cèdent du terrain, tout en livrant de durs combats d’arrière-garde de la Lys à la Meuse.

Tout, soudain, bascule. En Palestine, les Britanniques, parvenus à Jérusalem à Noël 1917, atteignent la Syrie et contrôlent Alep. En Mésopotamie (Irak), ils remontent les vallées du Tigne et de l’Euphrate pour parvenir à Mossoul. Le 30 octobre, le sultan de Constantinople autorise son plénipotentiaire à signer la convention de Moudros qui livre les Détroits aux Alliés. La veille, les Bulgares ont demandé l’armistice à la suite d’une offensive victorieuse menée par Franchet d’Esperey. Le 4 novembre, l’empereur d’Autriche sollicite à son tour un armistice. Les Alliés pénètrent en Hongrie. Les italiens remportent la victoire de Vittorio-Veneto, qui les venge de leur échec de Caporetto. L’Allemagne est désormais seule.

De Gand à Mézières, les arrière-gardes germaniques refluent toujours, disputant chèrement le terrain. Mais il n’y a plus de réserves. L’économie du pays est exsangue. Depuis le 29 septembre, Ludendorff fait savoir, chaque jour, à l’empereur Guillaume II que la situation est désespérée. Le chancelier Herling cède alors la place au prince Max de Bade, un libéral, partisans de l’armistice. Ludendorff se démet de son poste le 26 octobre. Au début de novembre, la flotte de haute mer, basée à Kiel, fait preuve d’insubordination, influencée par l’exemple russe. Le 9 novembre, la révolte gronde à Berlin. Au Grand-Quartier général de Spa, l’empereur se résout à l’abdication et se réfugie en Hollande.

Depuis la veille, une délégation de plénipotentiaires a franchi les lignes de feu près de Cateau. Le 11, ses membres se trouvent en forêt de Compiègne, à Rethondes, dans le Wagon Q-G du maréchal Foch pour signer l’armistice. L’armée allemande doit évacuer la rive gauche du Rhin et trois têtes de pont de la rive droite à Mayence, Coblence et Cologne. La flotte sera internée. Pour le reste, la parole appartient aux diplomates chargés de négocier bientôt à Versailles les termes du traité de paix.

Ainsi s’achève, après 52 mois d’indicibles épreuves, la Première Guerre mondiale de l’histoire. Plus de 9 millions de morts et 17 millions de blessés se décomptent dans les deux camps. D’innombrables « croix de bois » jalonnent des zones de combat dévastées. Tout témoigne de l’acharnement de la lutte. Jamais les vivants ne se sont sentis aussi solidaires avec ceux qui ont donné leur vie pour la patrie.

La France pleure, quant à elle, 1 400 000 morts ; 3 562 000 soldats ont été blessés ; 506 000 prisonniers réintègrent leurs foyers. Mais, pour le pays en liesse, le 11 novembre est désormais le jour le plus glorieux de l’année. Pour tous, c’est en effet le dernier jour d’une guerre qui doit être elle-même la dernière de l’histoire. « Non, plus jamais ça ! », clament les survivants, marqués à jamais. Les noms des hauts-lieux du drame résonnent désormais comme celui de l’enfer. Et, de cet enfer-là, personne ne veut plus…Personne ne se doute que la paix qui va être négociée à Versailles ne sera finalement qu’un armistice de vingt ans.

Christiane Rimbaud, historienne

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