Vos témoignages

Témoignage de Joël Guyonneau

« Agé de 61 ans, je suis tombé dans Ceux de 14 il y a 40 ans. Etant en garnison à Etain de 1972 à 1974, j’apercevais chaque jour la ligne des Hauts de Meuse, reconnaissant Vaux, Moulainville, Les Eparges et Hattonchatel qui dessinaient notre horizon. La bibliotheque du regiment comptait de nombreux ouvrages dont un historique des combats pour conquérir « la crête des Eparges » et aussi Sous Verdun. J’ai rapidement acheté la réédition des livres de Maurice Genevoix. Je les ai lus et relus et re-relus à les connaître presque par coeur. L’épisode de l’accueil chez les Aubry aussi bien que le dernier paragraphe du « vivant entre deux morts » continuent de me sortir les larmes. C’est le plus beau récit jamais lu. J’ai pendant deux ans parcouru la crête des Eparges dans tous les sens… je m’y suis trempé au propre comme au figuré. J’y ai vécu en pensée tous les épisodes du livre, jusqu’à l’assaut du 17 février.
En 1976, j’ai envoyé mon exemplaire (illustré par mes soins des portraits de Porchon, Sénéchal, et d’autres moins connus) à Maurice Genevoix pour qu’il me le dédicace. Il a écrit « à Joël Guyonneau fidèle à la mémoire de Ceux de 14″. C’est un bonheur de découvrir aujourd’hui que nous sommes si nombreux à honorer la mémoire de ces gars-là.
Dans les sapins qui recouvrent la crête des Eparges, il y a toujours un souffle particulier et inoubliable… »

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Message de Ghislaine Roussel : « L’image ci-jointe n’est pas très nette. Il s’agit du père d’une dame de 92 ans qui ne l’a pas connu et croit qu’il était belge, or les archives belges disent ne pas le connaître. Elle n’a jamais osé faire des recherches et c’est son grand regret. Pouvoir le situer lui apporterait un peu de réconfort. Merci à tous de votre aide. »

Message de Ceux de 14 : Voici une première réponse « Ce que je crois pouvoir dire c’est que les 7 brisques que le militaire porte sur la manche signifient qu’il a passé 3 ans et demi au front (6 mois par brisque). La photo a donc été prise à la fin de la guerre. Il est décoré. Son uniforme de bonne coupe et ses jambières de cuir semblent indiquer qu’il est officier. S’il s’agissait d’un officier français, ses galons apparaîtraient sur le bas de la manche. A bien regarder, on dirait qu’il porte un galon foncé à cet endroit. La coupe de la vareuse a quelque chose d’anglais, ce qui pourrait coller avec l’hypothèse d’un militaire belge. « 

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Message de Jean-Michel Thuriault : « Je vous propose un témoignage concernant mon grand-père, Julien Thuriault, lequel embarqua pour les Dardanelles en 1915 pour ne plus jamais en revenir. Ce témoignage est essentiellement constitué de la transcription des lettes qu’il écrivit à ma grand-mère sur le bateau qui l’emmenait là bas. » Vous pouvez retrouver ce témoignage en cliquant sur le fichier ci-joint.

correspondances Julien Thuriault_1915

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Message de M. et Mme Alain & Jocelyne Rodier, de Séraucourt : « Nous sommes un village de la ligne Siegfried au sud de Saint-Quentin qui fut occupé et totalement dynamité par les Allemands lors de leur retraite en 17, comme tous les villages de cette zone. Nous avons donc été marqué par cette Grande Guerre. je vous transmets une extrait de  nos collecte d’infos sur cette triste période :

            Laissons parler un poilu qui à vécu ce combat :

« On tire sur le pont » dit Joseph. C’était comme si on cassait de grosses planches, là-bas derrière les coteaux. On fit repartir les mules. On avait quitté les dernières maisons et la route pavée. Dessous les roues c’était maintenant la route molle avec des rapiéçages de boue et de pierres dans les trous. de longs ruisseaux d’eau blanche comme du plâtre coulaient dans les ornières.  « Ca a l’air de frapper assez, tu sais …        « – Y’a qu’à s’arrêter à la sucrerie » dit Joseph.

« Tu vois, dit l’homme, j’y ai dit comme je te dis. J’y ai dit: Mon lieutenant, ça qu’on devrait faire, c’est une piste de la sucrerie à Séraucourt. Ca passerait aux creutes * ; t’es tout le long défilé entre les arbres et ça évite le carrefour. » …

…Ils venaient de dépasser le premier pli de terre, d’un bosquet dépassait le fut décapité du clocher. A la lisière pourrissait une grande ferme toute rongée, ses ossements éparpillés dans l’eau des prés ; des corbeaux becquetaient les orbites crevées de se fenêtres. …

…  » C’est vous qui cantonnez près du canal, la bas ?

–                        Oui, la 7. On va t’attendre à la sucrerie ». On approchait. Ca sentait la bête suante et ruisselante de pluie ; ça sentait aussi la poudre brûlée ; des trous  d’obus tout frais crevaient les champs.

Ce récit est celui d’un fantassin du 140 ème régiment d’infanterie alpine de Grenoble. c’est Jean Giono.  Il est relaté dans « Le grand troupeau», roman écrit en 1930 avec de fortes réminiscences autobiographiques et avec quelques  confusions géographiques. L’effacement des mémoires avec le temps et l’absence de notes de guerre, interdites par la censure, font mélanger les lieux de cette bataille avec une précédente du Chemin des Dames. Mais il est prouvé que ce régiment et donc cet écrivain ont combattu dans la région. La plus émouvante des preuves se trouve au cimetière militaire de St. Quentin où nombre de tombes atteste le sacrifice de Poilus du 140ème RI. Ce roman  est un des plus beaux hymnes à la paix de la littérature française. Son auteur milita toute sa vie pour le pacifisme et la fraternité entre les hommes.

Je vous joins une illustration des destructions à Séraucourt. »

                                                                                                                                                                                                                                                                    

Témoignage de Jean-Claude Thiriet, Toulouse

Lieutenant Genevoix,

Au rapport ! Je n’avais lu que des extraits de Ceux de 14 : bien insuffisant pour mesurer toute la portée d’un ouvrage incomparable et Dieu sait, pourtant, si j’en ai lu, des récits ou des témoignages évoquant la « Grande Guerre » !

 C’est d’abord l’extrême modernité de l’écriture qui m’a frappé. Modernité ou originalité ? Non, modernité, c’est mieux. Eclats crus et halètement comique en moins, il y a du Céline dans ce Genevoix de la triste épopée des Eparges. Et encore, côté comique (non troupier !), la « visite » dans la boue des Eparges, des officiers d’état-major, galonnés et bottés de frais, que les poilus entraînent vers les entonnoirs les plus « impraticables », a quelque chose d’irrésistible, mais en plus « jeune » que les évocations de Céline, en plus  potache. Le Jules Romain des Copains, plus que le début du Voyage. Et jamais de fiévreuses –sordides ou somptueuses- hallucinations : ici, l’écriture est toujours celle d’un quotidien terrible, qui, certes distille des images d’une atrocité cauchemardesque, mais dont l’humanité n’est jamais absente. Du coup, l’effet de réel, si c’est bien comme cela qu’il faut l’appeler, (en fait, je ne crois pas) est constant et la continuité entre les moments de repos bercés de  flonflons heureux et de conversations familiales à la table des divers hôtes meusiens et les heures dans les bombardements équarisseurs des premières lignes ne se dément jamais. Et c’est cela, la force du livre, de savoir nous dire avec exactitude et, d’une certaine façon, mesure, ce qu’ont été les Eparges.

 Un élément m’a beaucoup frappé : le changement (de ton ?) qui accompagne la mort de Porchon. Le frère d’arme, au sens vrai du terme. Celui dont la disparition, dont Genevoix a su montrer les annonces (remarquable scène de l’attaque allemande simulée par le narrateur, gamin farceur pris au piège intimidant de la fatalité qui est toujours là, pesante, inaltérée…), vous laisse, au sein d’un régiment où les camarades sont légion, prisonnier d’une solitude extrême, avec, dans la bouche, un goût acre, un rien écoeurant. Soudain, sans le « meilleur copain », le presque-jumeau, la guerre, qui n’était pas précisément fraîche et joyeuse, que non ! mais qui n’occultait jamais tout à fait le bonheur d’être au monde, un bonheur réfugié dans le vol soudain des alouettes, dans le sourire complice – ou gouailleur – d’un soldat, dans des propos naïfs ou péremptoires saisis au vol, au sein du fracas incessant des éclatements des 77 ou de la lourde allemande, saisis au vol de l’attention sans cesse en éveil de ce jeune officier que rien ne saurait distraire de la pauvre humanité dont il est, lui-même, un « exemplaire », la guerre, disais-je, est décidément une malédiction, une punition presque, individuelle et collective.

 Cette irruption de la solitude, après la mort de Porchon, à vrai dire, ne change rien à ce qu’on choisit de raconter, à la façon même de  raconter les Eparges, mais, subtilement, naît, s’insinue, se met à parler une pitié – et une piété – , toute laïque (au moins je crois), un lent glissement vers les plus ou moins tacites dénonciations d’un univers effroyable, aux antipodes de l’humanité, auquel nous a conduit l’irresponsabilité des donneurs d’ordres et de désordre et que, pourtant, une magnifique et singulière résignation, un sentiment presque professionnel, continue à rendre fréquentable.

 Je ne peux clore ces quelques lignes  qu’en évoquant le passage qui emporte, chez moi, l’adhésion la plus entière. L’épisode de l’arrivée sur le front des « classes 14 ». Je repense à mon grand-oncle, de la classe 10, lui, comme Genevoix. Brancardier au 4° zouave de marche, il a dû en voir défiler, mon oncle Raymond, au cours de cet hiver 1914/1915, des gamins de 20 ans, le cœur serré de devoir reconnaître parmi eux, Jules, le petit frère dont une dépêche lui apprendrait la mort, à l’hôpital de Revigny, Meuse, pas très loin des Eparges, un de ceux, peut-être,  que le lieutenant Genevoix découvre, défilant par quatre, « enfants habillés en soldats » :

 « Je me demandais avec un affreux serrement de cœur en regardant cette foule harassée, ces reins ployés, ces fronts inclinés vers la terre, lesquels de ces enfants déguisés en soldats portaient déjà, ce soir, leur cadavre sur leur dos. »

                                                                        A la mémoire de Raymonde Vautrin, née à Stenay, en 1901.

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6 réflexions sur “Vos témoignages

  1. Ayant monté un spectacle sur la guerre 14-18, nous nous préparons à le jouer trois fois cette année en un week-end marathon les 9, 10 et 11 novembre dans trois communes du Nord…
    J’aimerais profiter de votre canal d’info pour le faire savoir en présentant le spectacle proposé (qui à chaque fois remporte un beau succès de partage de mémoire vivante).
    Christian Finez président de l’association CAP Bersée.

  2. Bonjour,
    j’ai environ 200 lettres durant la période 1914-1918, écrites par essentiellement par deux frères, morts au champ d’honneur. Un troisième frère a survécu à cette guerre et a laissé un bâton sculpté avec la mention  » SOUVENIR DU 6è COLONIAL » en forme d’hélice, terminé par une balle de fusil à la pointe. Je découvre seulement la teneur de ces lettres qui m’ont été remises par la fille du frère survivant. Je me demande ce qui serait utile de faire pour rendre hommage à leur mémoire contenu dans cette correspondance?

  3. Mon grand-père fut officier de liaison principalement en Argonne, à Verdun et en Lorraine et travailla aussi au ministère Gallieni et à l’Etat-Major des Armées. Il a laissé des carnets qui viennent d’être publiés aux Editions Anovi : « Des cabinets ministériels à la boue des tranchées » par Pierre Roland-Marcel, édités par l’historien mosellan Pierre Brasme et moi-même. C’est un témoignage exceptionnel par un homme « au milieu » et qui préférait être au front auprès des soldats qu’avec les généraux au quartier général. Le livre fera l’objet de conférences tout au long de l’année, notamment à Metz et en Lorraine.

  4. Toutes mes condoléances à votre association qui a perdu aujourd’hui tragiquement deux de ses membres fondateurs victimes de la barbarie. Cent ans après la Grande Guerre, il y a toujours la guerre. Pensée à Bernard Maris et Georges Wolinski.

  5. Je viens de terminer » ceux de 14″…Quel livre! J’avais déjà lu beaucoup de choses, vu des images, mais ce que m’a apporté le livre de Genevoix sur la dimension humaine de cette guerre est inestimable. J’ai été boulversé, j’ai vécu pendant une semaine parmi les poilus, j’ai ressenti leurs peurs, leurs petits bonheurs, leur résignation. J’ai entendu les obus, respiré les odeurs, écouté les blessés gémir. N’oublions pas tous ces hommes qui ont tellement souffert.

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