Etudes et contributions

Maurice Genevoix: la quête sans trêve d’une réalité seconde. Communication de Jacques TASSIN, écrivain

Communication de Jacques TASSIN, écrivain

Le 24 octobre 1976, lors d’une inauguration d’un parcours pédestre dans la commune solognote de Ménestreau-en-Villette en présence de Maurice Genevoix, l’ancien maire d’Orléans Roger Secrétain célébrait cette « académie naturelle » qu’est la Sologne, cette académie que l’on parcourt aussi « en habit vert ». Au-delà de cette teinte d’humour dans un discours préservé de l’oubli par Roger Soulas, il résuma en mots justes la spécificité du grand écrivain : « Partout où il est allé, il a vu au-delà des apparences. Il a rendu les choses plus vraies, plus profondes qu’elles ne le sont pour chacun de nous. Et justement à cause de cela : parce qu’il sait voir, entendre, et ensuite, exprimer… et comment ! C’est toute l’imagination créatrice d’un grand artiste d’apporter ce message là ».

« Partout où il est allé », c’était alors désigner la Sologne, terre de landes boisées et d’étangs qui prédispose au songe, de même que les pays lointains d’où il a rapporté romans et nouvelles. C’était aussi désigner les lieux de côtoiement quotidien avec la mort, dans les tranchées de la Meuse. Partout où il est allé, Maurice Genevoix a porté son regard, mais s’en est aussi souvenu et en a témoigné, au plein respect d’une mémoire qu’il avait fidèle et sensible. Et partout où il est allé, il a vu, tel un voyant, « au-delà des apparences ».

dessin aux Vernelles

Mais de quel au-delà faut-il alors parler ?

Derrière le voile d’Isis qui recouvre toute chose et qui fascinait Héraclite – célébré par Fernand d’Aubel dans Un Jour – se tient, invisible mais perceptible en chacun, une « réalité seconde », une surréalité intemporelle. Elle est l’objet premier de la quête de Maurice Genevoix. Il s’agit, en pleine conscience, l’instinct et l’intuition libérés, de se laisser pénétrer par la réalité vivante. Il ne s’agit pas d’analyser, d’expliquer, de dégager des clés. Il s’agit d’être au monde, de reconnaître la vie dans son unité souveraine, de voir la création telle que notre lumière intérieure la révèle. « C’est la mort qui a levé le voile », concède un jour Genevoix à Jacques Chancel, parce que la vie et la mort participent l’une de l’autre. De même que s’installe le consentement à la mort, il est alors parfois donné de voir s’entrouvrir « un monde vrai, où les symboles et les correspondances sont la seule réalité, où la Création est Dieu même, et Dieu sa propre création. » Les symboles, les signes et leurs correspondances sont tels des points lumineux qui percent les cuirasses du monde.

« Un appel propitiatoire à la faveur de quelque dieu »

Pour Genevoix, ce sont le recours à la mémoire, mais aussi au songe et à l’imagination qui constituent la meilleure voie d’accès à l’intériorité des choses, à leur « réalité seconde ». Mais cela implique, comme il l’écrit en évoquant Maurice Vlaminck, « beaucoup d’amour, de la prière, un appel propitiatoire à la faveur de quelque dieu ». Comment ne pas voir ici une référence à Gérard de Nerval, qui lui a inspiré le prénom de sa fille Sylvie, et à ses fameux Vers dorés : « Souvent dans l’être obscur habite un dieu caché ; Et comme un œil naissant couvert par ses paupières, Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres ! » Jacques Lusseyran, grand résistant, philosophe aveugle, évoquait tout autant que Genevoix cette même lumière intérieure qui, venue de lui-même à force d’amour et de prière, éclairait le monde à l’entour. Aimer, le cœur offert au monde, ajoute l’auteur de Trente mille jours, est le complément nécessaire à « la patience de la quête et à la ferveur de l’appel. » Cela exige beaucoup de soi. Mais alors, le monde nous est rendu dans sa « vérité vraie. »

La mémoire à laquelle recourt Maurice Genevoix pour scruter les réalités secondes, celles que l’on a conservées en soi, n’est pas celle que mobilise la concentration cérébrale. Celle-ci n’ouvre qu’une fenêtre étroite sur le passé. Avant d’évoquer ce fameux effet des Petites Madeleines, Marcel Proust, duquel Genevoix se rapproche dans cette démarche de quête du temps perdu – comme d’une Forêt perdue –, est explicite : « la mémoire de l’intelligence, et comme les renseignements qu’elle donne sur le passé ne conservent rien de lui ». La vraie mémoire est ailleurs et procède d’autres ressources intérieures ne répondant qu’à la sincérité de l’appel. Genevoix s’explique sur ce point dans Jeux de glaces, invoquant à son tour cette mémoire proustienne dont il se saisit à l’instant d’écrire le premier de ses récits de guerre. Il ne s’agit pas de n’importe quelle mémoire, mais de « la vraie, la fidèle, la seule qui vaille dès qu’il s’agit d’une œuvre d’art. » Et Genevoix de poursuivre : « Non seulement, à la faveur de l’isolement et de la concentration intérieure, chaque épisode reprenait vie et couleur, mais l’épisode particulier dans lequel il ressurgissait me le rendait immédiatement intelligible. » Accéder ainsi à la réalité profonde rendue par cette mémoire vraie est une démarche d’artiste, mais est aussi l’expression, pour le témoin de guerre, d’une grande honnêteté intellectuelle.

Maurice Genevoix, de Sous Verdun à L’Enfant et le château, suit davantage le fil du temps que celui de l’espace. C’est le temps, ou plutôt l’intemporel, qui l’intéresse. A la géométrie du monde, il préfère l’écoulement de la vie et la révélation de son intemporalité. Au pinceau du peintre, prisonnier de l’espace, il privilégie la plume de l’écrivain, plus apte à parcourir le temps et à préserver le passé. Il y a chez lui un peu de Bergson qui écrivait dans Matière et mémoire que le présent n’est pas ce qui est, mais ce qui se fait. Ce qui est demeure intemporel, et survit dans la mémoire des cœurs qui se souviennent. Le souvenir, et plus encore le vrai travail de la mémoire, de cette mémoire vraie, permettent aux soldats fauchés à vingt ans de vivre encore dans le cœur de ceux qui savent ne pas oublier. Ceux dont on se souvient de la sorte ne meurent pas. Dans Un Jour, Fernand d’Aubel a cette formule presque testamentaire : « Il n’y a pas de mort. Je peux fermer les yeux. J’aurai mon paradis dans les cœurs qui se souviendront. » C’est là reconnaître l’intemporalité divine du monde.

Pour Maurice Genevoix, l’oubli n’est qu’illusion car le corps se souvient intégralement. Le normalien était encore à la rue d’Ulm lorsque Bergson prononçait sa conférence L’Ame et le corps, invoquant la dimension intemporelle de notre existence. Le philosophe concluait ainsi : « c’est que notre passé tout entier est là, continuellement, et que nous n’aurions qu’à nous retourner pour l’apercevoir. » Genevoix ne dit rien d’autre. Il n’y a pas de temps perdu. De même, la main du père de Vlaminck, qu’il serrait dans la sienne alors qu’il était enfant, demeure encore chaude et moite dans l’esprit du vieux peintre qui se souvient. Genevoix se révèle convaincu que son corps n’a rien oublié, et certainement pas les atrocités de la ligne de feu meusienne dont ses nuits, témoignait sa femme Suzanne, en sont restées à jamais hantées. Un tel passé ne peut être oublié, ni ne peut disparaître, pas même dans notre inconscient collectif. Aussi, dès le 2 août 1914, fort de ses convictions et de son rapport au monde, Maurice Genevoix n’eut d’autre choix que de s’attacher à la rédaction d’une œuvre toute entière demeurée « sans oubli ». Pour les survivants de 1914, il n’y a pas d’oubli. Il n’y a pas davantage de passé, comme Genevoix l’écrit dans Ouest France, en septembre 1952 : « pour ces hommes qui ont vécu ce drame, qui l’ont douloureusement forgé, ce n’est point du passé qu’il s’agit. »

Les rencontres avec le vivant, mêmes fugaces et anodines, ne meurent pas davantage. Ce rouge-queue qui, à l’instant de gober une baie de sureau, fixe de son œil noir l’écrivain quittant sa table de travail, laisse en lui une trace indélébile. La rencontre qu’offre l’échange de regards ne meurt pas : « Même si tu ne reviens jamais, nous nous serons rencontrés aujourd’hui. Ce rien que je t’ai pris, qu’importe si je me trompe en croyant que c’est toi-même, puisque, toi-même ou non, ce rien vient d’enchanter une de mes minutes, et puisque dans le souvenir que j’en garderai désormais c’est bien toi que je retrouverai. » Ainsi en est-il d’un simple rouge-queue, mais aussi des soldats qui ont combattu à ses côtés. Et ce sont bien ces hommes, dans leur « vérité vraie », qu’il retrouvera tout au long de sa vie.

« La permanence des symboles où se rejoignent le réel et l’imaginaire »

Dans la continuité de cette mémoire, tel Rousseau ou Thoreau, c’est aussi aux rêveries d’un promeneur solitaire arpentant les bords de Loire que Genevoix aspire pour toucher le monde de son âme. Il s’y adonne chaque jour avant de rejoindre sa table de travail. Au cours des promenades rêveuses le ferment poétique opère, et la création littéraire lève telle une pâte patiemment pétrie. Dans sa préface à La Loire, Agnès et les garçons, Genevoix prévient : « J’ai désiré qu’aucune contrainte, hors celle de l’écriture même, ne vînt gêner ma rêverie ni ma plume. » C’est là une rêverie que s’allie la mémoire et qui se contente de répondre aux appels du monde vivant. Encore faut-il déjouer les pièges des tournures stylistiques préétablies ou conformistes, et respecter le cheminement de sa plume intérieure, afin de la laisser devenir ce qu’elle est… En premier lieu, confie Maurice Genevoix dans Forêt voisine, il s’agit de proscrire les formules préétablies à l’évocation du monde naturel : « Est-ce une fatalité qu’un arbre, s’il est vieux, ne puisse être que « séculaire », un « colosse » s’il est grand, un « géant abattu » s’il gît en travers de la combe ? Et la sève qui rougit sa souche ne pourra-t-elle enfin couler comme de la sève, non comme du sang ? » Il fallait désengluer notre regard sur la beauté de la vie : Genevoix l’a fait pour nous.

Le regard de Maurice Genevoix est perception immédiate et connaissance pure. En le lisant, on retrouve sous nos yeux, rendues mot après mot, les images d’un monde que l’on pressentait secrètement, mais que l’emprise de notre intellect avait enseveli en nous. Genevoix nous fait merveilleusement accéder à ce que dans Trente mille jours, il appelle cette « permanence des symboles où se rejoignent la mort et la vie, le bien et le mal, le quotidien et l’universel, le réel et l’imaginaire. » Il soulève le voile d’Isis comme aucun écrivain n’a su le faire avant lui.

Mais il faut revenir ici au travail de la mémoire, « la vraie, la fidèle » qu’évoque Genevoix. Cette mémoire restitue des scènes très réalistes, foisonnant de détails, ferventes, où l’extase n’est jamais loin, fût-elle celle d’un guerrier, d’un pêcheur ou d’un braconnier. Mais cette mémoire ouvre aussi une porte directe sur le songe, au point que la réalité devient autre et que de telles scènes deviennent parfois presque surréelles… Ceux de 14 n’échappe pas à la règle. L’écriture de ce grand récit repose sur les agissements d’une mémoire vraie ramenant au jour les crépitements, la boue, les blessures et les morts.  Mais ce qui nous surprend alors, lorsque nous lisons ou relisons ce livre, c’est cette maîtrise absolue du combattant Genevoix, cette forme d’engagement et de retrait mêlés, ce recul d’un observateur auquel rien n’échappe, cette capacité à se suspendre comme s’il flottait lui-même par-dessus la guerre traversée. Durant sa longue convalescence, Genevoix réfléchit beaucoup à la guerre. Mais au moment d’écrire, il n’en dit rien, se contente de restituer cette réalité intérieure à laquelle sa plume l’a rendu. Aussi, dans Ceux de 14, la guerre est-elle là non par quelque acte éclatant ou héroïque, mais sous la forme de cette « réalité seconde » rendue au fil de la mémoire et du songe, dans laquelle s’insèrent parfois, comme accourus d’eux-mêmes, le sublime et le merveilleux.

Ainsi, à la mort de son ami Robert Porchon, Maurice Genevoix dit éprouver une vision si vive que la douceur des images de l’enfance orléanaise qui s’imposent alors dans son esprit a le pouvoir de rendre les obus silencieux. Dans sa préface à l’ouvrage Défendre la vie que Daniel Oster lui consacra, Genevoix écrit qu’il était alors, dans cet état de songe sidérant, « dans le sentiment dernier d’une plénitude et d’une harmonie, en accord avec moi-même et ma réalité profonde, paradoxalement heureux. » La « mémoire vraie », immédiate, sans recours aucun aux commandements cérébraux, découle ici directement d’un état de sidération abolissant toute conscience. Ce qui est prodigieux n’est pas d’avoir eu une telle vision, mais d’en avoir retrouvé le souvenir semble-t-il intact.

L’exercice de mémoire vraie est un exercice difficile. Il suffit parfois d’un seul mot pour que notre mémoire nous entraîne loin du monde sensible, que celui-ci relève d’une réalité première ou seconde. « L’histoire que voici, je l’ai rêvée à partir d’un mot », dit Maurice Genevoix en avant-propos de La Forêt perdue. C’est que la mémoire s’émeut parfois à partir d’une touche très légère, presque insignifiante, une simple madeleine pour Proust, un simple mot pour Genevoix. A ses yeux, la mémoire est tel un tissu, pour ne pas dire un voile : « on le touche, on l’effleure à peine, et le voici tout entier qui tremble. » La mémoire et le songe ne sont jamais loin de l’autre, et c’est sans doute pour cela que Maurice Genevoix a tant le goût des métamorphoses et des transfigurations. Celles-ci sont parfois radicales, et à la faveur de quelque correspondance, l’oiseau, cygne ou héron pique-bœuf, devient fleur. Mais ces écarts à la réalité sont, dans son œuvre, plus souvent discrets, même imperceptibles, au point que l’on ne s’aperçoit plus, lisant les lignes, que la réalité dépeinte est déjà réalité intérieure. Les couleurs évoquées ne sont alors plus tout à fait les couleurs réelles mais celles que l’écrivain-peintre a perçues et aimées au-delà des teintes les plus crues. C’est pour cela que la ligne des pinèdes de Sologne, entrevue depuis la chambre de travail de Châteauneuf, ou du bureau de Saint-Denis de l’Hôtel, demeure invinciblement bleue alors qu’elle ne l’est pas.

Les livres de Maurice Genevoix ont la teinte d’une réalité intérieure propre à lui-même, mais qui nous touche parce qu’elle est belle et sincère. Et c’est bien dans cette réalité seconde que l’écrivain et le lecteur se rejoignent et entrent même en connivence. L’œuvre de Genevoix est une œuvre toute tissée de mémoire et de songe, qui nous renvoie immédiatement, comme l’ont fait les impressionnistes, à cette part de réalité intérieure qui nous est commune. La littérature qu’offre Genevoix vient du fond de l’être, corps et esprit mêlés. Elle éveille en nous une lumière intérieure qui rend merveilleusement proche le monde dans lequel nous vivons.

« La nostalgie d’une beauté impossible, en marge d’une vie où nous n’accéderons jamais »

Les êtres simples qui ont conservé la simplicité de regard que vantait Plotin, tel Najard, pêcheur ambulant enseignant la pêche au brochet à l’adolescent Genevoix, et dont « un seul de ses regards arrache de merveilleux secrets », ont le pouvoir de pénétrer l’invisible. Dans les « eaux profondes » d’un tel regard coule l’univers entier, dès lors qu’il procède de la perception pure. Bergson l’écrivait dans Matière et Mémoire : « entre cette perception de la matière et la matière même il n’y a qu’une différence de degré, et non de nature. » C’est pour cela que le regard du vieux cheval gris des Eparges est tout autant fait de matière et d’esprit : « dans ses eaux profondes roulait un infini de stupeur triste. »

Michel Serres suggère de refaire alliance immédiate avec la Terre: « Communiant tous deux, en amour elle et moi, doublement désemparés, ensemble palpitant, réunis dans une aura », conclue-t-il au terme de son Contrat naturel. Maurice Genevoix partage certes cette aspiration à communier avec la Terre, mais de manière plus humble et moins obscure. Il prône davantage l’attention réceptive du visionnaire uni, autant qu’il le peut et dans les limites de ses propres frontières, au monde avec lequel il fait amitié : « ces visions m’emportaient jusqu’au seuil d’un monde interdit, plein de mystères et de secrets, le même monde où gravitent les astres et les particules de l’atome, où les danses du désir émeuvent au cœur des hommes la nostalgie d’une beauté impossible, et que nous traversons ouverts et les sens en alerte, en marge d’une vie où nous n’accéderons jamais. »

Pour Genevoix, un artiste doit d’abord être vivant, de tout son être et de toutes ses forces. Et dans cette disposition d’esprit, les transfigurations opèrent et les dieux et mythes reprennent alors place sur la grande scène intérieure des réalités secondes. Les trois loutres d’abord évoquées dans L’Aventure est en nous, alors entraperçues par un adolescent, réapparaissent dans L’Enfant et le château et cette fois observées par des yeux d’enfant, se transforment d’elles-mêmes en naïades. C’est dans ces instants de grâce, comme savent le vivre les enfants ou les hommes au regard pur, que le monde accourt vers soi, tout voile d’Isis levé et laissant passer la lumière première du monde : « Et le temps s’abolit enfin dans l’immense joie d’être vivant, de sentir s’écarter le voile qui m’avait étouffé, de retrouver enfin le monde réel et merveilleux dont j’avais été chassé. » Etre vivant, c’est être à soi comme au monde. Il y faut cependant la faveur d’une grâce que peut être la poésie vivante, telle cette merlette traversant devant soi un routin forestier au lendemain d’une nuit de massacre et semblant dire, comme s’en souvient Genevoix dans Un Jour : « La paix aussi existe. Il suffit du battement de mes ailes, ce matin, pour que le monde te soit rendu. Je suis la vie, merlette dans un boqueteau meusien. Suis-moi des yeux : je vole, je vole… Je suis aussi la poésie. Le monde est beau. »

Il faut être pleinement vivant pour accéder aux fameux « déclenchements secrets », ceux-là même, nous dit Genevoix en évoquant Maurice Vlaminck, « qui traversent le chaos intérieur et l’organisent en choses belles, en œuvres, en créations qui tiennent et durent, et qui nous émeuvent d’autant plus qu’elles restent à l’image d’un homme comme nous éphémère, mais qui, de toutes ses puissances vivantes, communia durant qu’il vécut avec ce qui ne passe point. » Et ce sont ces mêmes déclenchements secrets qui, conduisant à l’intemporel, permettent de restituer cette réalité seconde convoitée, plus vraie, plus juste, mieux éprouvée que ce que la réalité première, seulement apparente, peut nous révéler. Cette réalité seconde n’est au fond rien d’autre que la fusion lumineuse de la vie, de la mémoire et du rêve. Et Fernand d’Aubel de conclure alors sur l’essentiel : une telle illumination « laisse alors apparaître les choses dans leur réalité profonde, dans leur réalité inexprimable, sauf peut-être par un mot : divine ». Ou, comme Genevoix le dit d’une autre manière : alors nous est rendu « un monde vrai, où les symboles et les correspondances sont la seule réalité, où la Création est Dieu même, et Dieu sa propre création. »

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